En passant

La Douche

Cascade

Cascade

Eau giclante sur peau nue.

Les coques fendent le ciel aquatique, en caresse laconique.

Chaque geste est lent, intense, doucement sensuel. Autant de soupir retenu, à sa propre attention.

Les mains sur les cordages glissent, gestes automatiques, le visage face au vent, la liberté engouffrée dans les vêtements.

Elle se cambre légèrement, et contourne les courbes généreuses de ses seins, lourdement posés sur les larges coulées savonneuses.

Le bois est épais sous les pieds baignés de soleil, la terre est si loin, si proche.

Les mains dans l’humidité de ses cheveux, elle épouse en myriade le vertige délicieux dans le creux de ses paumes.

Les voix sont rauques, la sueur perle, brillante, tandis que claquent les voiles éclatantes.

Les doigts glissés tout contre son pubis, elle laisse se déverser le lait saponite.

Les mouvements sont brusques, et les muscles se tendent merveilleusement en reflet cuivré.

Les yeux mi clos, elle sourit.

Le regard porté au loin, il sourit.

Musique : Dream in my head, par Yael Naim

En passant

Anatolie

Enchevêtrement

Enchevêtrement

Le souffle.

Coupé, abrupte, la course qui raisonne sur le sable, et dévale en poudre d’or le firmament.

La peau.

Irritée, brulée, en péril, le son des veines qui déborde, rubis filant.

Droit vers l’océan, sous un ciel d’apothéose. Le temps s’étrangle entre ses doigts pâles. Elle est vertige.

Puis, le basculement, l’éclaboussure, pure, totale. Le scintillement d’argent vif, cristallin brisé dans le sel bleuté.

Jusqu’à ce que son bas ventre soit confiance, puissance, écaille de chair dans la trame des marées.

Là où la vie est abysse. Elle glisse.

Musique: Oya, par Ibeyi

En passant

Balkis

ombre

Ombre

 

Balkis portait un nom de femme.

Il était jeune.  Mais ses yeux non.

Jamais jusqu’à ce matin

Ouverts sur le soleil.

 

C’est pourtant le printemps.

Balkis, Balkis mon amour.

C’est pourtant bien temps.

Balkis, Balkis, tu frissonnes.

 

Ces cheveux corneilles.

Cette peau brune.

Les muscles crispés.

Les lèvres serrées.

 

Tes maitres sont morts.

Leur fouet te brule encore.

Balkis, Balkis, Liberté.

Chèrement payée.

 

C’est pourtant le printemps.

Balkis, Balkis mon amour.

Tu n’es plus un enfant.

Balkis, Balkis, tu étonnes.

 

A demi nu dans la cité,

Tout est rire et quolibet,

Tu grognes, et tu menaces.

Tes ongles sont trempés de poussière.

 

Balkis portait un nom de femme.

Il était jeune. Mais ses yeux non.

Quand je l’ai approché,

Mes mains l’ont presque brûlé.

 

C’est pourtant le printemps.

Balkis, Balkis mon amour.

C’est pourtant mon amant.

Balkis, Balkis, l’orage tonne.

 

Tu es silencieux ce matin.

Enroulé dans mes bras,

Juste une nuit ne suffit.

A effacer toutes plaies.

 

C’est pourtant le printemps…

En passant

Attente

EscaladeMots offerts par Yopyop :

– paroxysme
– coccinelle
– neige
– rêve

 

Assise sur le bord du ponton, elle observe le ciel éclater ses pupilles, provoquant cette petite neige brillante lorsqu’elle abaisse les paupières , avec ce geste délicieux que l’on ressent, persiennes closes, dans la fraicheur d’un salon d’été.

Il y a de la chaleur dans sa peau, dans le mouvement imperceptible qui soulève sa poitrine. Les bras tendus derrière elle, en appui, la pulpe de ses doigts glisse sur les veines épaisses du bois dont les années ont apporté cette rugosité tendre que l’on aime caresser.

Une coccinelle s’est posé sur sa cuisse nue, et escalade avec difficulté le rabat de son short. Elle l’observe tranquillement, de ses yeux sans nuage. Si grave, si pénétrant, et si intense à la fois, cet instant de rien la porte dans le creux de sa paume.

Bercée, et souriante, elle les regarde arriver.

Les voiles sont éclatantes, et leur reflet d’or atteignent le paroxysme de splendeur sur cette mer au cyan immense.

La coccinelle prend son envol.

Il est temps de saisir le rêve.

 

Musique : Turn me on, Nina Simone

 

En passant

Rendez-vous

Rouge

Mots offerts par Juan :

– métallique
– démembrement
– disparition
– charpente

 

Il l’attendait allongé sur le sol légèrement poussiéreux, fixant la charpente en silence. Le temps jouait sur les structures métalliques, et il suivait des yeux les veines épaisses des poutres apparentes. Les ouvertures sans fenêtre donnaient sur l’été, l’odeur d’herbe sèche, et le bruit des insectes excités par la chaleur.

L’heure tournait, quelque part dans une autre dimension, et sa peau semblait sécher, mue de cigale noircie de soleil. Il fredonnait une mélodie entêtante, grisante.

L’orage œuvra à la disparition de la lumière, goulument, brutalement.

Alors le démembrement commença.

Sa jambe droite s’enfonce lentement dans le sol, jusqu’à mordre sa cuisse sensuellement. Ses bras pénètrent les profondeurs épaisses et pâteuses de l’espace en décomposition. Son buste bascule du dessus vers le dessous, happé en une grosse bouchée. Enfin, lentement, son visage s’embrasse dans le néant.

La pièce est vêtue de noir, assis, il toise ce corps étendu, nu et offert. Il retient son souffle, il connait le désir, il l’apprivoise, le love lentement dans le bas de son ventre, l’appâte, le repousse, lui laisse du leste, et tire sur la longe. Il aime se contraindre jusqu’à l’insupportable.

Finalement, il est sur lui.

Les poutres blanches éclatent de lumière, l’été a repris son galop sourd et étouffant.

Ils sont l’un contre l’autre, enchevêtrés dans des fils de puissances, attachés l’un à l’autre, détachés de tout.

Le premier baiser a un goût sanguinaire, il pulse, encore et longtemps. Il éclate, les éclabousse.

De cette salive brillante, un peu de sève espérée.

L’horloge marque minuit au soleil.

Le moment est sur eux.

Un oiseau se pose sur le bord de leur vertige. Et le ciel s’ouvre enfin.

Au loin, les vaisseaux magnifiques étalent leurs voiles dorées.

« Reviens demain »

« Oui »

 

Musique : Protect me from what i want, Placebo