En passant

Tout en contraste.      

Il faut quelques jours à ma mère pour débarquer chez moi. Une enveloppe craft à la main, ouverte évidemment, malgré mon nom inscrit dessus de la main d’Eimeric.

Elle est dans un état terrible. Un mélange de colère et de stupeur. Cela me donne envie de sourire.

Je la salue, en me levant pour allumer la bouilloire. L’après midi va être longue.

Ce sont les papiers du divorce, avec un petit post-it blanc qui porte un « je suis désolé ».

Un peu court pour un auteur, mais pour une fois qu’il me noie pas dans son discours, j’apprécie.

J’explique à ma mère que je vais rester ici, que j’ai repris mes études, et mon travail. Et que je vais lui payer le loyer de l’Appartement.

Elle refuse. Encore un peu choquée, mais peut être encore plus de me voir si sereine.

« J’étais tellement sure ».

Tu as toujours été sure de tout me concernant, ma pauvre petite maman. Mais je n’ai pas besoin de te le dire. Tu sens bien que tu t’es trompée tellement fort jusqu’ici que tu n’en rajoutes pas.

Je t’annonce pas tout de suite ce qu’il va se passer plus tard, je me garde ça pour un jour plus doux, avec plus de soleil et de chaleur dedans.

Au printemps surement, quand ça deviendra évident.

Je t’explique que je suis bien maintenant, toute seule. Et que j’ai juste besoin de calme, de tranquillité. De me concentrer sur l’essentiel.

Tu me regarde abasourdie. Tu es mignonne quand tu arrêtes de forcer ton sourire.

Je te demande si cela ne te dérange pas de me donner tes clefs, j’aimerai les prêter à un ami qui me soutient beaucoup ces derniers temps.

Je vois une lueur d’espoir mais là j’ai plus envie de jouer. Je lui explique les histoires des moutons et des vaches à ma petite maman.

Et dans la foulée, je lui parle de ma préférence en la matière. Et de Judith.

Ma mère, elle ressort de chez moi, en cherchant la réalité à tâtons.

Je m’excuse silencieusement auprès de mon père, la soirée va être compliquée pour lui.

J’enveloppe l’Appartement du regard, la lumière filtre par les grandes fenêtres de la cuisine, et se déverse jusqu’au canapé rouge. Mon coeur fait un petit bruit d’oiseau sorti du nid.

Je vais peut être changer quelques coussins.

Quelques choses de plus vifs, de plus intenses.