En passant

Comment tu t’appelles ?

Eimeric a su que tu existais bien sûr, mais il n’a jamais cherché à en savoir plus, je crois qu’il avait trop honte. Et qu’il n’avait pas envie de me retirer ça aussi, le privilège de t’avoir rien que pour moi.

Je l’en remercie. Profondément.

Tu as grandi avec cette force qu’ont les enfants. Cette gravité qui leur est propre. Cette joie d’être qui n’appartient qu’à eux.

Ta grand mère était folle de toi. Ton grand père aussi, mais il le montrait moins. Sans rire, faudrait quand même pas se laisser aller.

Antoine était devenu ton meilleur ami et ton plus grand confident, après ton nounours.

Et j’étais ta mère. Tout simplement.

Parfois, Judith, tu avais ce même sourire, le matin. Ce sourire que j’aimais si fort. Et cela me faisait du bien à l’intérieur, si fort, si intensément.

Tu as 4 ans aujourd’hui, tu es une grande !

Tu aimes m’affirmer ça avec tes grands yeux clairs, ceux de ton père.

Antoine t’a promis de te présenter le fils d’un ami à lui, pour ton anniversaire. Tu ne tiens plus en place.

On frappe enfin à la porte. C’est juste pour faire un peu dans le théâtrale car y a bien longtemps qu’Antoine, il ne frappe plus à la porte.

« Mais rentre !  » hurles-tu en m’imitant malicieusement.

La porte s’ouvre sur la silhouette toujours impeccable d’Antoine, le très sympathique jeune homme blond qui m’était maintenant familier, et un petit garçon de ton âge, intimidé avec ses cheveux mi longs, et son petit visage triangulaire.

« Comment tu t’appelles ?  » lui assènes-tu sans ménagement.

« Johan » murmure-t-il.

Evidemment.