En passant

Arbre de vie

ecorce

Ecorce

Je m’appelle Meel’ah, et comme les autres chamans célestes je suis reliée aux énergies animales fondamentales.

Spirituellement, cela signifie être plongé dans la conscience immense et vaste du règne animal dans ce qu’il a de plus pur et de plus primal.

Au niveau de l’apparence, cela implique des petites particularités physiques qui font de nous des sortes d’hybrides, des bipèdes à têtes d’animaux.

L’histoire humaine nous a représenté bien des fois avant de nous oublier. A l’origine, pourtant, c’est eux qui nous ont appelé, et on a répondu.

Par delà les étoiles, on a répondu, en nombre, à ce cri de désespoir qu’ils ont poussé. Et nous sommes venus les soutenir et les porter, les aider à se bâtir et à se défendre.

Puis, de générations en générations, ils ont oublié la raison de notre présence, et ils se sont mis à nous haïr, comme on finit par détester tout ce qui nous est différent, que l’on ne comprends pas, et qui nous semble devenus superflus.

Alors, ils nous ont chassé.

Certains d’entre nous ont sombré dans la colère, à cause de la souffrance, de la trahison, de l’amertume.

Les autres sont ici.

Je contemple l’arbre gigantesque qui s’élève au milieu de la cour bordée de cloitres. Il a pris racine sur une sorte d’élévation de terre, recouverte d’herbe tendre.

Ses branches sont si vastes et si robustes que des habitations s’y sont suspendues sans difficulté, comme autant de petits nids soigneusement agencés. On y perçoit aussi des plateformes en plein air, sur laquelle nombres d’entre nous méditent.

Quelques mélopées s’élèvent vers le ciel, dans la ronde continue des rituels de soin. Depuis que la cité a été bâtie, chacun s’attèle à la tache, quotidiennement, avec l’intensité propre à nos coutumes.

Ce sera bientôt pour moi le moment de les rejoindre pour prendre ma place dans les chants. Il me reste un moment pour visiter les autres communautés. Chaque fois que cela m’est possible je cherche à les rencontrer tous, ce que nous vivons est si unique, si incroyable.

Ma curiosité ne cesse de grandir.

C’est en ce jour que je vais le trouver, même si je ne le sais pas encore, quelque chose en moi me le soupire à l’oreille.

 

Musique : Arcade, John Lunn