En passant

A la poursuite de l’enfant qui voudrait bien venir mais qui ne trouve pas l’adresse.

C’est la petite histoire, la petite ritournelle, le refrain familier de tes doigts au bout de mes doigts. En transparence.

Le souffle ténu de l’invisible sur mon front, petite caresse discrète.

C’est ton rire qui ne surgit pas au milieu du salon, et qui pourtant raisonne dans mon cœur.

C’est ce sourire que tu tiens déjà de ton père. Et qui me fait fondre.

J’entends ta voix quand je fais silence en moi, que j’écarte les doutes, les craintes, et la fureur de l’impatience.

Et je te sens respirer plus fort lorsque tu aimes déjà la vie que j’aimerai tellement te donner.

Quand tout est calme la nuit, je te vois nous observer en silence, et parfois je te sens t’endormir contre nous, petit espace précieux, entre nos corps assoupis, qui n’attend que de se remplir de toi.

Mais tu ne trouves pas la route, le chemin qui te mènerait à nous.  Dans le dédale de tout ce qui est vaste, tu t’égares dans la nuit mal éclairée du hasard.

Mais tu ne trouves pas de carte et de boussole, dans tes poches pleines de vents et de soupirs, tu ne trouves qu’un petit peu de nous effacés au creux de ta paume.

Et entre mes doigts, les mois glissent les uns après les autres, ne me laissant qu’un goût de sable.

Alors, je vais me poser sur la butte, au milieu du grand champ des possibles, et pour combattre la nuit, j’allume la plus grosse des lampes, le plus flamboyant des feux.

Alors, je me tiens entre les ténèbres du vide et tes pas, pour que tu avances jusqu’à moi. Jusqu’à nous.

Alors, je t’ouvre mes bras.

Et je te crie :

« C’est ici ! C’est ici ! Viens ! Tu es attendu, espéré. Tu es déjà aimé ».

Et je te crie à la vie.

Mon enfant, mon amour.

Sur ton front, toutes les étoiles se déposent, elles seront ta carte, ta boussole, ta certitude.

Que c’est bien ici.

Que c’est ici.

Chez toi.

Musique : I’ll keep you safe, Sleeping at last