En passant

XI – La Force

Mon amour,

J’ai pensé mille fois les temps anciens, et parfois ils m’ont rattrapés. C’était doux et un peu amer. J’ai léché leurs doigts fins, tu sais, un peu lentement, sensuellement.

Pendant que tu dormais, je me laissais prendre par le vent et les étoiles, et c’était chaud et tendre. Je t’ai murmuré que je t’aimais, et j’ai volé tes lèvres à ton sommeil.

Assise au bord du monde, j’ai laissé battre mes jambes pour qu’il dérive un peu vers le sud. Là où l’été est plein et fort. Et, splendide alors, j’étais ton unique reine.

Dans mes rêves, les lions étaient dorés et couverts de plumes, ils disaient les mystères et les cardinaux, comme ils étaient beaux.

Mon amour, mon amour,

D’un songe je mélangeais les couleurs de ton désirs à ma peau opaline, et j’étais tienne.

A mes yeux entrouverts, tu as bu toute l’eau de mon âme, penché tout contre moi, j’ai senti ta puissance, et j’ai découvert ma force.