En passant

Hétéroclite

Le souvenir doux de ses cuisses, à la lune levée, me baigne en ressac, chaleur de juin effilée.

Ô mon amour, mon aimée.

En coup de fouet, tes reins sur mon âme. Je me languis de tes lèvres sur ma peau, à la commissure de mon désirs. Je te rêve en différée.

Ô mon amour, mon aimée.

Ses cheveux en marée, les étoiles du matin qui baignent dans les clairières cachées de ses oreilles. Je l’aperçois du coin des cils.

Ô mon amour, mon aimée.

Ta bouche arrondie sur mes doigts, le sel qui m’embrume les tempes. Il y a dans tes sourires, tous les démons, tous les anges. Et de mes yeux aux tiens, l’univers.

Ô mon amour, mon aimée.

En guise d’offertoire sur ta peau, sculpté de dentelles, tes formes se dressent à demi, en murmure, dans son alcôve charmante, sans rubans ni idioties, à peine plus qu’un alibi, il soutient à mon cœur à peine ta pudeur. Il crisse légèrement sous mes ongles, et soupire en même temps que toi. Je le rêve lambeaux à tes pieds, témoin tendrement ensanglanté dans son carmin familier, celui qui assorti à tes joues, me glisse entre les côtes la douce honte trépassée de t’avoir ainsi détournée. Son ombre déposée sur le mont délicat de ta géographie adulée m’ajoute tant d’émoi, que je ne soutiens plus la tête vorace de mon désir, et je sens tout mon être te dessaisir de ce délicieux accessoire, qui chantilly et soie, s’en ira sa course finir, auprès de sa sœur de naissance, te laissant, charmante rebelle, rouge et nue. Il restera là, sans gémir, sur le sol inerte, alors que toi…

Sais-tu que lorsque tu chante, cela dessine dans l’espace des lignes et des arabesques de splendeurs, et que cela brille cette architecture de plaisir. Guillochage sublime qui hypnotise mon être, le comprime, le dilate et le cascade sur ta peau fine. Hétéroclite. Qui mélange les déclinaisons. Tu m’accordes à tous tes temps, et je me conjugue lentement entre tes harmonies saccadées.

Ce qui me fait mal, c’est quand il ne me reste que l’aube consumée, et que j’ai la bouche sèche, le teint couleur cendrier, lorsque le vin capiteux de mes envies n’a plus tes hanches pour se raccrocher, et qu’il tombe dans le vide parce que la nuit était or et rubis, et que sans toi qui soleil couchant ma vie, sans la cerise de ta bouche, je ne suis qu’une photographie en noir et blanc, un bout de papier jauni.