En passant

Elle

Elle glisse du lit, dans un froissement qui déchire discrètement un bout du silence. Il la regarde se lever dans la pénombre relative de cette chambre, isolée dans la nuit électrique. Il reste un peu d’humidité aux creux de ses reins à elle, un peu entre ses paupières à lui.

Elle se dirige vers la salle d’hygiène pendant qu’il scrute les lignes blafardes du plafond. Inconsciemment, il sait bien qu’il compte.

Les milliers de silence qu’il a vécu depuis elle. Et plus encore.

« Mathilde est revenue  » pense-t-il, ironique. Comme si des vieilles chansons d’un autre âge pouvait, par une étrange complicité, le réconforter.

Mais elle ne s’appelle pas Mathilde, et personne ne le ramassera quand elle le déposera sur le bord du néant, une fois encore.

« Sonny ?  »

Sa voix vient se loger juste entre sa peau et son rythme cardiaque, en double temps. Il sait qu’il est déjà foutu. Il attend juste la suite.

« J’ai besoin de ton aide ».

Il s’en doute bien, sinon il ne serait pas nu dans un lit encore chaud d’elle.

Il écoute la suite, silencieux, les yeux mi clos, bercé par ses intonations un peu trop grave, par ce timbre étrangement abimé par des temps indélébiles.

Elle sait déjà que ce sera oui, il sait déjà qu’il ne sait pas lui dire non.

Encore une fois cela va trop loin, évidemment c’est impossible, alors il n’y a que lui qui… il comprend n’est ce pas…

N’est ce pas ?

Il tend la main pour la caresser doucement, depuis la base de la nuque jusqu’à la naissance de sa poitrine. Il frisonne imperceptiblement. Elle sourit tristement.

Ils referont l’amour, sans bruit, parce que dans l’espace, il parait qu’on ne vous entend pas pleurer.

 

Musique : Fragile , Sting & Stevie Wonder