En passant

L’éloge à la glycine.

Ce matin, j’ai aperçu, vigoureuse et printanière, la glycine qui sortait de l’hiver. Vêtues de leurs longs fuseaux mauves, les branches sombres et noueuses m’ont ramené à moi.

Chaque année, la glycine porte tous les frimas, tout le deuil du monde, toute la solitude morsure sur ses racines vagabondes

Le deuil, la mort, l’hiver, le long sommeil. Fréquentation des cimetières, sous le vent glacé, les tombes entrouvertes qui laissent glisser en leurs entrailles les boites au bois fraîchement verni. Les fleurs qui ne poussent que sur le marbre, pour faner sous les pluies givrantes de décembre.

La toile bleue qui couvre le gris de mon passé. Le vertige du vide, celui qui aspire et repousse. La solitude du coeur brave, qui porte les autres et se porte lui même.

Qu’elles étaient rudes les saisons froides de cette glycine là. Celle qui humble et tenace refleurit chaque année dans le printemps de mon âme.

Mais, il existe des saisons à nulle autre pareille, et dont les floraisons offrent des fruits si prometteurs, que le soleil même regarde attendri ce que ses humeurs estivales ont glissé au creux des étreintes amoureuses.

Les eaux de Mars ont été ruisseau, galets, folles herbes et petit poisson. Et tandis que, par delà ma fenêtre, éclatent en joyeuses et pétillantes bulles de couleurs, les verts, les roses, et les flocons blancs des arbres à marée montante de sève puissante, je sens dans les nœuds de mes doigts fleurir les caresses mauves sur le front lisse du petit trésor assoupi.

Elle est ici, la morale paisible de la modeste glycine, quand elle murmure qu’il n’y a pas d’hiver si froid que le printemps ne sache faire à nouveau sourire.