En passant

Je chérirai ton nom…

L’air dubitatif, appuyé sur sa main droite, l’enfant regarde son cahier de textes. Visiblement, il n’est pas inspiré. Tandis que sa mère revient du jardin, il lui demande :

— Maman, c’est quoi la liberté ?

— La liberté, chéri, c’est quand tout ce que tu fais, tu le fais pour quelque chose qui te convient, qui est important pour toi.

L’enfant fait la moue. Il ne se sent pas beaucoup plus éclairé.

— Tu aimes la tarte aux fraises, n’est-ce pas ?

Un large sourire gourmand répond à la question.

— D’accord, je vais te montrer ce qu’est la liberté, propose la maman, malicieuse.
Elle tire le grand livre de cuisine de l’étagère, et le pose sur la table face au petit.

— Trouve la recette de la tarte aux fraises, indique-t-elle.

Un long moment de feuilletage plus tard, la recette accepte de se montrer. Il s’agit encore d’écrire les ingrédients dans un carnet blanc tendu. Celui des courses.

Puis, une fois la voiture garée devant le magasin, trouver la farine, le beurre, le lait, le sucre, les œufs. Les porter, et c’est lourd quand même. Mais, la silhouette protectrice ne se penche pas pour prendre le fardeau, elle se contente de donner un regard pétillant d’encouragement.

Une fois les achats posés sur la table, on se rend au jardin. Sous le bosquet contre le mur, la cachette des fraises est bien connue. Les cueillir avec délicatesse, n’en écraser aucune. Et, peut-être, discrètement, en manger une ou deux. La récolte précieuse est nettoyée, équeutée.

On apprend à mélanger les ingrédients, à pétrir et étaler une pâte, un peu de farine sur le nez. Des fous rires débordent du verre doseur. On sort finalement le grand moule du four qui sent le beurre et la gourmandise. Sur ce lit douillet, les fruits sont disposés, un à un, délicatement, dans un duvet de crème pâtissière, lisse et savoureuse.

Une paire d’yeux impatients l’observe fixement se refroidir. Et puis c’est le moment d’en couper un large morceau et de le poser consciencieusement sur l’assiette blanche. S’armer d’une petite cuillère.

Tandis que l’enfant dévore sa part avec délice, la maman lui souffle à l’oreille :

— Tu vois mon chéri, c’est ça la liberté.

Et l’enfant de demander, la bouche pleine de fraises :

— Et pour toi maman, c’est quoi ta liberté ?

Main qui se glisse dans les cheveux soyeux, bouche qui esquisse un rire, et tout simplement :

— Toi.